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Pathologies

Mérule et champignons lignivores : reconnaître le risque

Par David Bertrand · 25 septembre 2026 · 9 min de lecture

Une odeur de cave, un bois qui se casse en petits cubes, une poussière rousse au pied d'une plinthe : la mérule se signale rarement avant d'avoir bien travaillé. Le champignon n'est pourtant que le symptôme. La cause, c'est l'eau.

Pièces de bois de structure détruites par la mérule, fendues en petits cubes bruns sous un voile grisâtre, posées au-dessus d'un mètre ruban
Photo Mätes II., Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

La mérule dans une maison se découvre presque toujours par hasard : une plinthe qu'on dépose, un doublage qu'on ouvre pendant des travaux, un plancher qui s'affaisse sous un meuble. Et la première question qui vient est la même à chaque fois : est-ce vraiment de la mérule, est-ce grave, et par où commencer ?

La réponse tient en une idée qu'on répétera tout au long de cette page : le champignon est le symptôme, l'humidité est la cause. Traiter le bois sans couper l'arrivée d'eau, c'est soigner la fièvre en laissant l'infection. Les champignons lignivores appartiennent à la famille des désordres biologiques, que nous replaçons dans l'ensemble des désordres du bâti dans notre guide complet des pathologies du bâtiment.

Mérule, moisissure, pourriture : de quoi parle-t-on ?

Un champignon lignivore est, littéralement, un champignon qui mange le bois. Il en consomme les constituants et lui fait perdre sa résistance. Plusieurs espèces s'attaquent aux bois des bâtiments ; on parle couramment de « pourriture » pour désigner leur résultat.

La mérule (Serpula lacrymans, dite « mérule pleureuse ») est la plus redoutée d'entre elles. Le ministère de la Transition écologique la décrit sobrement : « Dans les bâtiments, la mérule s'attaque aux bois, aux charpentes et boiseries des maisons humides et mal aérées. » Tout est dans la fin de la phrase : humides et mal aérées.

Il faut la distinguer de la moisissure de surface. Les taches noires sur un joint de carrelage, un plafond de salle de bain ou l'angle d'une chambre mal chauffée sont des moisissures : elles salissent, elles signalent un excès d'humidité ou de condensation, mais elles n'attaquent pas la structure du bois. La confusion est fréquente dans les deux sens : on s'alarme d'une moisissure banale, ou l'on repeint par-dessus ce qui était en réalité le début d'une pourriture.

Schéma comparatif d'une moisissure de surface, taches noires sur un bois resté sain, et d'un champignon lignivore, voile blanchâtre et bois fendu en cubes, avec leurs emplacements, leur aspect et leur effet sur la résistance du bois
Une moisissure se nettoie mais revient tant que la condensation dure ; un bois consommé par un lignivore ne retrouve pas sa résistance en séchant, il se remplace ou se renforce.

Les signes qui doivent alerter

Aucun de ces repères ne suffit à lui seul. Ce sont des indices qui orientent le regard, et plus ils se cumulent, plus la visite s'impose.

  • Une odeur persistante de champignon, de sous-bois ou de cave, dans une pièce qui n'a aucune raison de sentir ainsi.
  • Un bois qui se fend en petits cubes, sec et friable, qui s'effrite entre les doigts. C'est la cassure dite « cubique », caractéristique des pourritures de ce type.
  • Des filaments ou un voile blanchâtre, parfois cotonneux, parfois en fine pellicule grisâtre, sur le bois ou la maçonnerie voisine. Avec le temps, ils peuvent former des cordons plus épais qui courent sur les murs.
  • Une fructification en galette, plate, charnue, de teinte rouille au centre et bordée de blanc, qui apparaît souvent dans un angle ou derrière un meuble.
  • Une poussière rousse au pied d'une plinthe, sur un rebord ou sur le sol : ce sont des spores.
  • Des plinthes, parquets ou lambris déformés, gondolés, décollés, ou un plancher qui fléchit sous le pas.
  • Un bois qui sonne creux ou cède sous la pointe d'un tournevis alors que sa surface paraît saine.

Une photo ne suffit pas

Des taches noires dans une salle de bain relèvent le plus souvent d'une moisissure de condensation, pas d'un champignon lignivore. À l'inverse, un voile blanc discret peut cacher une attaque avancée. Ne concluez pas sur une photo, ni dans un sens ni dans l'autre : l'identification se fait sur place, en sondant le bois et en ouvrant là où il faut.

Poutre en bois fortement colonisée par la mérule : voile de mycélium gris-blanc et cordons ramifiés qui courent à la surface du bois
Cordons de mycélium sur une poutre. Ils transportent l'eau : c'est par eux que la mérule gagne des bois plus secs, éloignés du foyer humide.Photo Mätes II., Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Pourquoi on la découvre tard

La mérule n'aime ni la lumière ni les courants d'air. Elle s'installe donc là où personne ne regarde. Le ministère le résume : « Dans la majorité des cas, la mérule se niche derrière un doublage, ce qui explique sa détection tardive. »

Quand on la voit, elle a souvent déjà eu le temps de s'étendre. D'où l'intérêt de savoir où regarder, surtout avant un achat ou après un dégât des eaux :

  • les caves et les vides sanitaires, en particulier quand la ventilation est obstruée ou inexistante ;
  • les abouts de solives encastrés dans un mur humide, là où le bois entre dans la maçonnerie et ne sèche jamais ;
  • l'arrière des lambris et des doublages, surtout quand ils ont été posés contre un mur ancien ;
  • le dessous d'un parquet posé sur un sol humide ou sur une dalle sans protection ;
  • le pied d'un mur qui a subi un dégât des eaux ancien, jamais vraiment séché, puis refermé.

Autre savoir de terrain : le mycélium ne se limite pas au bois. Il peut cheminer dans les joints de maçonnerie et franchir un mur pour atteindre un bois situé plus loin. C'est pourquoi l'étendue réelle d'une attaque dépasse souvent ce qui est visible au premier regard.

Tête de poutre en pied de charpente détruite par une pourriture brune : assemblage à tenon et mortaise mis à nu, bois éclaté en fragments cubiques, cordons de mycélium dans les débris
Tête de poutre ou about de solive, même logique : partout où le bois s'appuie sur une maçonnerie, on sonde la pièce à son appui, pas seulement en partie courante.Photo Mätes II., Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Le champignon est un symptôme, l'humidité est la cause

C'est le point central, et c'est celui qu'on oublie le plus souvent au moment de demander des devis. Le ministère l'écrit sans détour : « Les spores de mérules sont présents sur tout le territoire et seules des bonnes conditions d'hygrométrie et de température garantissent l'absence de développement du champignon. »

Autrement dit, les spores sont partout. Ce qui fait la différence entre une maison saine et une maison contaminée, ce n'est pas la présence du champignon dans l'air, c'est l'humidité que le bâtiment lui offre. Le même texte précise : « La présence et le développement de la mérule sont généralement causés par des problèmes d'humidité dans le bâtiment, souvent à la suite d'un mauvais entretien, de dégâts des eaux ou d'erreurs de conception lors de réhabilitations. »

Sur le terrain, la chaîne se reconstitue presque toujours de la même façon :

  1. Une arrivée d'eau : une fissure de façade qui laisse passer la pluie, une fuite de canalisation, une gouttière qui rejette au pied du mur, des remontées depuis le sol.
  2. Un mur qui ne peut plus sécher : un doublage étanche, un enduit fermé ou un isolant posé contre une maçonnerie ancienne qui avait besoin d'évaporer son eau.
  3. Un bois au contact : une solive, une plinthe, un tasseau de doublage qui reste humide en permanence.
  4. Le champignon, qui n'attendait que cela.

Les fissures qui laissent entrer l'eau ne sont pas un sujet à part : sur certains terrains, elles sont le premier maillon de cette chaîne, comme on le voit avec les fissures sur sols sableux et tourbeux du Bassin d'Arcachon. De la même façon, une humidité chronique dans une maison proche du littoral crée un terrain durablement favorable si personne n'en cherche l'origine.

La conséquence pratique est simple : un traitement du bois qui ne s'accompagne pas de la suppression de la cause d'humidité ne règle rien durablement.

Coupe d'un mur ancien en pierre doublé côté intérieur : la pluie entre par une fissure et l'eau remonte du sol, le doublage étanche empêche le mur de sécher, l'about de solive encastré reste humide et le champignon s'y développe
L'about de solive cumule tout : il est enfermé dans la maçonnerie, caché par le doublage et le plancher, et placé dans la partie basse du mur, là où l'eau stagne le plus longtemps.

Ce que dit la loi (et ce qu'elle ne dit pas)

Beaucoup d'idées fausses circulent sur les obligations liées à la mérule. Voici ce que prévoient réellement les textes, et rien de plus.

Déclarer en mairie, partout. L'article L126-5 du code de la construction et de l'habitation dispose : « Dès qu'il a connaissance de la présence de mérule dans un immeuble bâti, l'occupant de l'immeuble contaminé en fait la déclaration en mairie. A défaut d'occupant, la déclaration incombe au propriétaire. » En copropriété, pour les parties communes, la déclaration revient au syndicat des copropriétaires. Cette obligation s'applique sur tout le territoire, qu'il y ait ou non un projet de vente, et c'est l'occupant qui la porte en premier, locataire compris.

Des zones délimitées par le préfet. L'article L131-3, en son deuxième alinéa, prévoit : « Lorsque, dans une ou plusieurs communes, des foyers de mérule sont identifiés, un arrêté préfectoral, consultable en préfecture, pris sur proposition ou après consultation des conseils municipaux intéressés, délimite les zones de présence d'un risque de mérule. » Les déclarations faites en mairie servent précisément à repérer ces foyers.

À la vente, seulement en zone délimitée. L'article L126-25 prévoit : « En cas de vente de tout ou partie d'un immeuble bâti situé dans une zone délimitée en application du deuxième alinéa de l'article L. 131-3, une information sur la présence d'un risque de mérule est produite dans les conditions et selon les modalités prévues à l'article L. 271-4. » Cette information rejoint donc les documents remis à la vente, le dossier de diagnostic technique.

Ce que ces textes ne disent pas mérite d'être souligné. Il n'existe pas de « diagnostic mérule » obligatoire partout en France : l'information à la vente dépend de la situation du bien dans une zone délimitée. Pour savoir si votre commune est concernée, le plus sûr est de poser la question à la mairie ou à la préfecture, puisque l'arrêté y est consultable.

Enfin, découvrir de la mérule après un achat ne dit pas, à soi seul, qui en répond. C'est une question à instruire au cas par cas, et c'est là qu'un constat technique précis, daté et argumenté prend toute sa valeur.

Schéma des trois niveaux d'obligation liés à la mérule : déclaration en mairie partout par l'occupant, à défaut le propriétaire, et par le syndicat pour les parties communes (article L126-5), zonage par arrêté préfectoral quand des foyers sont identifiés (article L131-3), information sur le risque de mérule à la vente seulement en zone délimitée (article L126-25)
Les trois niveaux s'enchaînent : ce sont les déclarations faites en mairie qui permettent de repérer les foyers, et c'est le zonage issu de ces foyers qui déclenche l'information à la vente.

Ce qu'on observe en Gironde, et le rôle de l'expert

Dans le Libournais, une grande partie du bâti ancien est construite en pierre calcaire. Ces murs ont été conçus pour laisser circuler l'humidité et la rendre à l'air. Le problème survient quand une rénovation les enferme : un doublage collé, un isolant étanche, un enduit ciment posé sur un mur qui prend l'eau par le pied. L'eau reste piégée derrière, au contact des tasseaux et des abouts de solives, là où personne ne la voit.

On retrouve aussi régulièrement des planchers bois posés sur des vides sanitaires mal ventilés, ou des ventilations bouchées au fil des aménagements extérieurs. Et des dégâts des eaux anciens, réparés en surface, jamais vraiment séchés, puis refermés par une peinture ou un nouveau revêtement. Aucun de ces cas n'est rare ; chacun suffit à entretenir un bois humide pendant des années.

Face à un doute, le rôle de l'expert indépendant est précis :

  • Confirmer ou écarter. Distinguer une mérule d'un autre champignon lignivore ou d'une simple moisissure de condensation, sur place, en sondant les bois.
  • Trouver la ou les sources d'humidité, et les hiérarchiser : laquelle est principale, laquelle aggrave, laquelle est secondaire. C'est la partie décisive.
  • Délimiter l'extension, par des sondages ciblés : ouvrir là où c'est utile, pas partout.
  • Évaluer l'atteinte des bois porteurs : une solive, une poutre ou une sablière attaquée pose une question de structure avant d'être une question de champignon.
  • Rédiger un rapport qui décrit ce qui a été vu, où, dans quel état, et dans quel ordre intervenir. Ce document sert à comparer les devis de traitement et de travaux, et à documenter la situation si un désaccord survient.

L'expert ne vend pas le traitement. C'est ce qui lui permet de dire, le cas échéant, que la priorité n'est pas là où on l'attendait. C'est le cadre de nos missions d'expertise fissures, infiltrations et humidité.

Cave voûtée d'une maison ancienne, murs en moellons de pierre sous un enduit dégradé, planches et bois de récupération entreposés à même le sol
Du bois stocké à même le sol d'une cave ou d'un vide sanitaire reste humide en permanence : on le retire avant de conclure, car il peut abriter le champignon avant la structure.Photo Enrico Hänel, Pexels

Découverte de mérule : que faire, dans quel ordre

Si vous pensez avoir trouvé de la mérule, l'ordre des gestes compte davantage que leur rapidité.

  1. Ne repeignez pas et ne refermez rien. Masquer les traces supprime les indices dont on aura besoin pour comprendre l'étendue de l'attaque.
  2. Coupez ou réduisez la source d'eau si elle est évidente : fuite, gouttière, descente d'eau pluviale, ventilation obstruée.
  3. Aérez la pièce ou le volume concerné.
  4. Ne déplacez pas et n'évacuez pas de bois ou de gravats contaminés sans avis : on risque de disperser le champignon ailleurs dans la maison.
  5. Déclarez en mairie, comme le prévoit la loi pour l'occupant ou, à défaut, le propriétaire.
  6. Faites établir un diagnostic de la cause et de l'étendue avant de signer un devis de traitement.
  7. En cas d'achat, parlez-en avant de signer quoi que ce soit : un doute documenté se discute bien plus facilement avant qu'après.
Schéma des sept gestes après une découverte de mérule, dans l'ordre : ne rien repeindre ni refermer, couper la source d'eau, aérer, ne pas déplacer les bois contaminés, déclarer en mairie, faire diagnostiquer la cause et l'étendue avant tout devis, en parler avant de signer en cas d'achat
Photographiez les traces avant d'aérer ou de couper l'eau : l'état de départ, daté, est la première pièce du dossier si la découverte doit être discutée plus tard.

La mérule impressionne, mais elle obéit à une logique simple : pas d'humidité durable, pas de développement. Tout l'enjeu est de trouver d'où vient l'eau et jusqu'où le bois a été atteint, avant d'engager des travaux. Une odeur suspecte, un plancher qui fléchit, un doute avant un achat : demandez un devis d'expertise pour faire établir la situation réelle.

Questions fréquentes

Faut-il déclarer la mérule en mairie ?

Oui. L'article L126-5 du code de la construction et de l'habitation prévoit que, dès qu'il a connaissance de la présence de mérule dans un immeuble bâti, l'occupant en fait la déclaration en mairie ; à défaut d'occupant, la déclaration incombe au propriétaire. En copropriété, pour les parties communes, elle revient au syndicat des copropriétaires. Cette obligation vaut partout, qu'il y ait ou non un projet de vente.

Le vendeur doit-il signaler un risque de mérule ?

L'article L126-25 du code de la construction et de l'habitation prévoit qu'une information sur la présence d'un risque de mérule est produite lors de la vente d'un immeuble bâti situé dans une zone délimitée par arrêté préfectoral. Hors de ces zones, ce texte n'impose pas de document. Pour savoir si une commune est concernée, renseignez-vous en mairie ou en préfecture. Dans tous les cas, une visite attentive des caves, vides sanitaires et planchers reste utile avant d'acheter.

Peut-on se contenter de traiter le bois contre la mérule ?

Non. La mérule se développe parce que le bâtiment lui offre de l'humidité. Tant que cette humidité n'est pas supprimée (fuite, infiltration, remontée, défaut de ventilation), le champignon a toutes les raisons de revenir, même après un traitement. L'ordre est toujours le même : identifier et couper la cause d'abord, traiter les bois ensuite.

Sources