Contre-expertise d'assurance : quand, comment, qui paie
Le rapport de l'expert de votre assureur ne correspond pas à ce que vous avez sous les yeux, ou la proposition d'indemnisation paraît sans rapport avec le chantier réel. La contre-expertise est la voie prévue pour ça : voici ce qu'elle est, ce qu'elle coûte, et ce que votre assureur est désormais tenu de vous en dire.

Une contre-expertise assurance se demande quand le rapport de l'expert mandaté par votre assureur, ou la proposition d'indemnisation qui en découle, ne correspond pas à ce que vous avez sous les yeux. La question qui suit est toujours la même : est-ce que ça vaut le coup, comment on la déclenche, et qui la paie.
Deux réponses d'emblée. Depuis le 28 mai 2026, votre assureur est tenu de vous informer que ce droit existe. Et la contre-expertise est à vos frais. Les deux tiennent dans une seule phrase du Code des assurances, que la plupart des pages traitant le sujet n'ont pas encore intégrée.
Pour le cadre général du désaccord avec un assureur, délais de déclaration, exclusions, prescription et voies de recours, reportez-vous à notre guide du litige avec son assurance après un sinistre.
Ce qu'est une contre-expertise, et ce qu'elle n'est pas
Trois intervenants portent des noms voisins et jouent des rôles très différents. Les confondre fait perdre du temps.
L'expert mandaté par l'assureur intervient le premier, après la déclaration. La fiche F3075 de service-public.fr décrit sa mission en une phrase : « Le rôle de l'expert est de constater des faits ou des situations, de rechercher les causes du sinistre et d'évaluer les dommages. » Il n'arbitre pas entre vous et votre assureur : il est missionné par ce dernier, et ses conclusions alimentent la proposition d'indemnisation.
La contre-expertise est celle que vous demandez, avec un expert que vous choisissez. La même fiche pose le principe : « Si vous n'êtes pas d'accord avec les conclusions de l'expert désigné par l'assurance, vous pouvez demander une contre-expertise. » Votre expert reprend le dossier, retourne sur les lieux, refait ses constats et son chiffrage, puis discute point par point avec celui de l'assureur.
La tierce expertise n'arrive qu'en cas de blocage : « Si les 2 experts n'arrivent pas à trouver un accord, un nouvel expert doit être désigné pour réaliser une tierce expertise. » Ce n'est ni une voie qu'on ouvre en premier, ni un recours parallèle : c'est la sortie d'une impasse entre deux experts qui ont déjà travaillé.
Une précision de calendrier, souvent source de frustration : aucun délai standard ne s'applique à la remise d'un rapport. La fiche F3075 l'indique explicitement, « Le délai de remise du rapport dépend de la gravité du sinistre et de la complexité de la mission. »
Ce que votre assureur doit désormais vous dire
C'est la nouveauté du sujet, et elle est récente. L'article L113-5-1 du Code des assurances a été créé par la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 (article 31) et il est en vigueur depuis le 28 mai 2026. Son texte tient en une phrase :
« Lors de la réalisation du risque, l'assureur informe l'assuré de son droit de solliciter, aux frais de ce dernier, une contre-expertise effectuée par un expert de son choix. »
Trois éléments méritent d'être lus séparément. Le moment : l'information est due « lors de la réalisation du risque », c'est-à-dire au sinistre, pas à la souscription ni quand le litige éclate. Le choix : l'expert est « de son choix », celui de l'assuré, sans liste imposée. Les frais, enfin, écrits noir sur blanc dans la même phrase, « aux frais de ce dernier ».
Ce dernier point donne sa mesure exacte à la nouveauté. Il s'agit d'une obligation d'information, rien de plus : elle ne crée aucun droit à une contre-expertise gratuite et ne préjuge en rien de l'issue. Ce qu'elle change, c'est qu'un assuré ne peut plus découvrir des mois trop tard qu'une voie lui était ouverte pendant que son dossier se figeait.
Cette loi du 26 mai 2026 est la même qui a réécrit l'article L125-2 sur le calendrier des catastrophes naturelles : si votre sinistre relève d'un arrêté CatNat, les deux évolutions vous concernent en même temps.
Depuis le 28 mai 2026, l'information vous est due
L'article L113-5-1 du Code des assurances, créé par la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, oblige l'assureur à vous informer, au moment du sinistre, de votre droit de solliciter une contre-expertise par un expert de votre choix, à vos frais. Si cette information ne figure nulle part dans les courriers reçus, demandez-la par écrit : vous datez ainsi votre demande et vous obtenez une réponse exploitable.
Quand elle se justifie, et quand elle ne sert à rien
Avant d'engager une contre-expertise, identifiez sur quoi porte réellement le désaccord. Trois situations très différentes se cachent derrière la même phrase, « je ne suis pas d'accord avec le rapport ».
Le désaccord sur la cause. Le rapport rattache le désordre à une origine que vous contestez : un défaut d'entretien plutôt qu'un événement garanti, un ouvrage plutôt qu'un autre, un phénomène ancien plutôt qu'un sinistre récent. C'est le terrain où une contre-expertise pèse le plus, parce que la cause se démontre : ouvertures, relevés, observations datées. Encore faut-il que les traces existent encore.
Le désaccord sur l'étendue. La cause n'est pas contestée, mais tout ce qui a été touché n'apparaît pas dans le rapport : un doublage non déposé, une pièce contiguë non visitée, un sinistre traité comme superficiel alors qu'il court derrière une cloison. La contre-expertise a prise, à condition d'arriver avec une liste précise de ce qu'il faut ouvrir.
Le désaccord sur le chiffrage. L'inventaire est juste, mais les montants ne correspondent pas à la réparation qui met fin au désordre. Le débat se déplace sur des postes de travaux, des quantités, des modes opératoires. La règle de fond est posée par l'article L121-1 du Code des assurances : « L'assurance relative aux biens est un contrat d'indemnité ; l'indemnité due par l'assureur à l'assuré ne peut pas dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre. » Une indemnité répare une perte, elle ne se négocie pas comme un prix.
Le cas où elle ne sert à rien. Si l'assureur refuse sa garantie en s'appuyant sur une clause d'exclusion, le débat n'est pas technique mais contractuel. Aucun expert ne fera dire à une clause autre chose que ce qu'elle dit. C'est le contrat qu'il faut examiner, à la lumière de l'article L113-1 : « Les pertes et les dommages occasionnés par des cas fortuits ou causés par la faute de l'assuré sont à la charge de l'assureur, sauf exclusion formelle et limitée contenue dans la police. » Demandez d'abord la clause exacte sur laquelle le refus se fonde.
Enfin, à dire sans détour : une contre-expertise ne garantit aucune issue. Elle change la nature de l'échange, elle ne décide pas de son résultat.

Qui paie
La réponse est nette : la contre-expertise est à la charge de l'assuré. La fiche F3075 l'écrit ainsi, à propos de l'expert que vous choisissez : « C'est vous qui devez prendre en charge ses honoraires. » L'article L113-5-1 dit la même chose, en visant une contre-expertise sollicitée « aux frais de ce dernier ».
Le régime change pour la tierce expertise. Lorsque les deux experts ne parviennent pas à s'entendre et qu'un nouvel expert est désigné, la fiche indique que ses frais sont partagés entre les deux parties. C'est un régime distinct, qui suppose d'avoir épuisé la discussion entre les deux premiers experts.
Reste une question que beaucoup de sites tranchent à votre place : certains contrats prévoient une prise en charge de tout ou partie des honoraires d'un expert choisi par l'assuré. Aucune règle générale ne l'impose. Ce sont vos conditions particulières qui le disent, ou pas. Allez les lire, cherchez les mentions relatives aux honoraires d'expert ou à la protection juridique, et faites-vous confirmer par écrit ce qui est pris en charge avant d'engager quoi que ce soit.
Vous ne trouverez pas ici de fourchette de prix : les montants affichés ailleurs sur ce sujet sont des arguments commerciaux, pas des données publiées. Un devis écrit, détaillé et daté, demandé avant toute intervention, vaut mieux que n'importe quelle moyenne trouvée en ligne.
Le cas de la sécheresse : un rapport type s'impose à l'expert
Les sinistres liés au retrait-gonflement des argiles obéissent à une règle particulière, que peu d'assurés connaissent. L'arrêté du 24 janvier 2025, pris sur le fondement des articles R125-10 et R125-11 du Code des assurances et en vigueur depuis le 10 février 2025, impose un modèle de rapport d'expertise : « Le modèle de rapport d'expertise établi dans le cadre d'un sinistre lié au phénomène de retrait gonflement des argiles […] figure à l'annexe 1 ».
Ce que cela change pour vous est concret : le rapport rendu sur un sinistre sécheresse n'est pas un document libre, il doit suivre un format réglementaire. Avant même de discuter du fond, vous pouvez donc vérifier que le rapport reçu respecte bien ce format, et signaler par écrit tout écart constaté.
Pour le parcours propre à la sécheresse, de la publication de l'arrêté à la déclaration puis au calendrier de l'assureur, nous détaillons l'ordre des opérations dans notre article sur la marche à suivre quand une commune est reconnue CatNat en Gironde.

Ce qu'on observe en Gironde
Sur le Libournais, l'Entre-deux-Mers et plus largement la Gironde, les demandes de contre-expertise que je reçois se ressemblent beaucoup. Elles arrivent presque toujours après coup : le rapport est rendu, le nettoyage est fait, le doublage a été refermé, et c'est à ce moment-là que le propriétaire se dit qu'il aurait fallu insister sur tel point le jour de la visite.
Le motif dominant tient au sol. Sur des terrains argileux, la frontière entre un désordre lié à un épisode de sécheresse et un désordre lié à une fondation insuffisante ou à une extension mal raccordée n'est jamais évidente au premier regard : elle se démontre. Viennent ensuite les infiltrations, dont le point d'entrée se situe fréquemment loin de la trace visible à l'intérieur.
Le troisième motif concerne le bâti ancien. Dans une maison en pierre du Libournais, des désordres stabilisés depuis longtemps cohabitent avec des désordres récents : les distinguer est souvent le vrai enjeu du dossier, et c'est un travail de terrain, pas de courrier.

Le rôle de l'expert indépendant, et par où commencer
Concrètement, un expert bâtiment indépendant mandaté par un assuré fait quatre choses sur ce type de dossier.
Il relit le rapport avant d'aller sur place : ce qui a été constaté et ce qui ne l'a pas été, les zones non visitées, les mesures absentes, les causes affirmées sans support technique. Cette relecture détermine la liste des points à rouvrir.
Il mesure : ouverture et géométrie des fissures, taux d'humidité des matériaux, niveaux et pentes, altimétrie relative des points d'appui. Une mesure datée remplace une appréciation, et c'est tout l'écart entre un débat d'impressions et un débat de faits.
Il tranche sur la cause : il rattache chaque désordre à un mécanisme argumenté, et il dit aussi ce qu'il ne peut pas conclure en l'état.
Il écrit : un rapport daté, illustré de photographies repérées, distinguant les constats des interprétations, assorti d'un chiffrage de la réparation qui met fin au désordre et non du seul rebouchage de sa manifestation visible. C'est ce document qui circule ensuite, et rien d'autre.
Il y a enfin un effet de terrain sous-estimé : lorsque les deux experts se retrouvent devant le même ouvrage au même moment, chaque point de désaccord se règle sur place, sur la chose vue, plutôt que par échange de courriers pendant des semaines. C'est le cœur de notre mission d'expertise fissures, infiltrations et humidité.
Par où commencer, donc. Demandez le rapport complet à votre assureur, par écrit, ainsi que vos conditions particulières. Informez-le que vous entendez faire réaliser une contre-expertise, en visant l'article L113-5-1. Ne rebouchez rien et ne faites rien démolir avant le second constat. Et si le désaccord persiste après les deux expertises, la fiche F3050 de service-public.fr fixe l'ordre des recours : d'abord le service réclamation de votre assureur, qui dispose d'un « délai maximal de 2 mois » pour répondre à une demande écrite ; ensuite le médiateur de l'assurance, saisissable « uniquement lorsque vous vous êtes adressée au service réclamation de votre compagnie d'assurance et que vous n'avez pas obtenu un résultat satisfaisant », et qui rend son avis « dans un délai, qui varie entre 3 et 6 mois » ; enfin le tribunal judiciaire. Sauter une marche fait revenir le dossier au préalable manquant.

Une contre-expertise n'est ni un recours miracle ni une formalité : c'est un investissement que vous financez, dont l'utilité dépend de la nature de votre désaccord. Sur une cause contestée, une étendue incomplète ou un chiffrage éloigné de la réparation nécessaire, elle a du sens. Sur une exclusion clairement écrite au contrat, elle n'en a pas.
Si vous venez de recevoir un rapport ou une proposition qui ne correspond pas à ce que vous constatez chez vous, faites établir les faits pendant qu'ils sont encore visibles : demandez un devis d'expertise et arrivez à la discussion avec des mesures, pas avec des impressions.
Questions fréquentes
Qui paie une contre-expertise d'assurance ?
L'assuré. L'article L113-5-1 du Code des assurances prévoit que l'assureur informe l'assuré de son droit de solliciter, aux frais de ce dernier, une contre-expertise effectuée par un expert de son choix, et la fiche F3075 de service-public.fr le confirme : c'est vous qui devez prendre en charge ses honoraires. Si les deux experts ne parviennent pas à s'accorder, une tierce expertise peut être réalisée par un nouvel expert et ses frais sont alors partagés entre les deux parties. Certains contrats prévoient une prise en charge de tout ou partie des honoraires : cela se vérifie uniquement dans vos conditions particulières, aucune règle générale ne l'impose.
L'assureur est-il obligé de m'informer de mon droit à une contre-expertise ?
Oui, depuis le 28 mai 2026. L'article L113-5-1 du Code des assurances, créé par la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, dispose que lors de la réalisation du risque, l'assureur informe l'assuré de son droit de solliciter, aux frais de ce dernier, une contre-expertise effectuée par un expert de son choix. C'est une obligation d'information : elle vous garantit de connaître ce droit, elle ne rend pas la contre-expertise gratuite et ne vous dispense pas d'en supporter le coût.
Une contre-expertise change-t-elle forcément l'indemnisation ?
Non. Aucune contre-expertise ne garantit une revalorisation, et personne ne peut vous promettre une issue. Ce qu'elle change, c'est la nature du débat : au lieu d'opposer une impression à un rapport, vous opposez des constats datés, des mesures et un chiffrage argumenté. Si le désaccord porte en réalité sur une clause d'exclusion du contrat et non sur les faits, une contre-expertise n'est pas le bon outil : c'est le contrat qu'il faut faire examiner.
Sources
- Code des assurances, article L113-5-1 : information de l'assuré sur son droit à contre-expertise, Légifrance (consulté le 25 août 2026)
- Arrêté du 24 janvier 2025 fixant le modèle de rapport d'expertise en sinistre sécheresse, Légifrance (consulté le 25 août 2026)
- Code des assurances, article L113-1 : exclusion formelle et limitée, Légifrance (consulté le 25 août 2026)
- Code des assurances, article L121-1 : l'assurance de biens est un contrat d'indemnité, Légifrance (consulté le 25 août 2026)
- Expertise après un sinistre : comment ça se passe ?, Service-Public.fr (consulté le 25 août 2026)
- Assurance habitation : recours en cas de litige avec l'assureur, Service-Public.fr (consulté le 25 août 2026)